Jeudi 09 Septembre 2010
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Complainte du progrès sentimental…


L'hymne à l'amour de la grande Piaf correspond-il encore à notre époque ? Cette apologie de l'amour unique, absolu et éternel aurait elle encore quelque écho à l'heure de l'île de la tentation ? Rien n'échappe à la libéralisation ambiante, pas même le couple.


Si un mariage sur deux en région parisienne s'achève par un divorce, si, conséquence logique, le nombre de familles éclatées ne cesse de croître, si la femme moderne reconnaît un panel d'amants au cours de sa vie bien supérieur à celui avoué par la génération précédente, alors il ne reste plus qu'à déclarer la mort du couple traditionnel et monogame, de la famille unie et stable, en se réjouissant ou en se lamentant d'une telle évolution sentimentale et matrimoniale. Et pourtant !

 L'anarchie sexuelle du temps du flower power a certes libéré brutalement les moeurs, a permis une émancipation progressive de la femme, mais n'a pourtant pas établi de manière durable cette catharsis sociale. De fait, la vague libertine de la fin des années soixante s'est retirée, laissant dans son reflux les fondations du couple et de la famille moderne, débarrassés des vieux carcans.

 

Mariage or not mariage ?

 

En effet, si le mariage n'est plus aujourd'hui cette institution incontournable et indispensable pour faire partie de la normalité, il subsiste néanmoins. Il est devenu une démarche volontaire, servant plus à célébrer son amour qu'à satisfaire une exigence sociale. Le schéma est le même pour les enfants. Maintenant que la loi ne distingue plus l'enfant légitime ( né au sein du mariage ) de l'enfant simplement naturel ( né hors mariage ), les couples n'hésitent plus à procréer au moment qu'ils estiment le meilleur, sans se soucier de leur statut matrimonial. Quant aux homosexuels, leur admission progressive dans la sphère publique et les avancées législatives à leur endroit, principalement avec le Pacs, permet un épanouissement à peu près normal de leur relation au sein de la société.

 

Cette évolution fulgurante des moeurs, renversant plusieurs siècles de pratiques sentimentales, n'a en réalité fait qu'accompagner les autres changements de la société. L'affranchissement de la femme au cours du XXe siècle, l'urbanisation galopante ont permis de briser les rigidités traditionalistes des petites communautés. Le désenchantement du modèle familial, dû notamment au recul de l'influence religieuse, ont contribué à cette libéralisation générale. N'omettons pas de mentionner les nouveaux usages amoureux, le bal musette de nos aïeux ayant cédé la place aux sites de rencontre sur Internet, permettant de trouver le conjoint idéal en quelques clics et de le débusquer à des centaines de kilomètres de distance s'il le faut. Dans ce contexte d'efflorescence conjugale l'effondrement des chaînes morales, coutumières ou encore légales, permet de croquer la vie à pleines dents et l'on pourrait croire que l'époque des unions malheureuses où l'on restait prisonnier à vie est révolue.

 

Divorce or not divorce ?

 

Hélas ! Ce cortège de nouveautés dans les rapports affectifs entre les individus a son revers. Le divorce à tout bout de champ a peut être le mérite de ne plus maintenir des relations dont la flamme est éteinte, mais il brise complètement la stabilité de la famille, dispersant les enfants ci et là, leur faisant perdre leurs repères et les impliquant parfois dans des conflits qui ne les concernent pas. Le mariage passe du statut d'institution incontournable au rang de simple contrat d'union, perdant ainsi d'une certaine façon sa valeur, son charme. Le libre plaisir se banalisant il n'échappe pas à la marchandisation généralisée, le couple devient un produit ordinaire et il est d'avantage à la mode à la télévision de gagner un conjoint que de remporter une machine à laver. Alors si nous devions retirer de tout cela une moralité, ce serait bêtement et naïvement : vivons libres mais n'oublions pas de vivre heureux, ensemble.

 

Par Alexandre Bet


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